06 juin 2011

Tu es partie
Tu es partie définitivement et je ne te verrai pas vieillir
Je ne verrai pas la vieille dame gaffeuse et rieuse que tu promettais de devenir ;
Tu te rappelles les fou rires que nous avions ensemble quand le poids des soucis était tel que nous finissions par nous moquer de nous mêmes
Pliées en deux, ça débordait de partout,
Nous redevenions pour un moment des enfants complices et légères d’être ensemble.
Tu aimais me parler Toune, quelques fois des heures au téléphone.
J’aimais te dire mes avancées près de ma psy, pour te faire avancer aussi, car la question et la souffrance relative à cette foutue absence de père étaient aussi la tienne.
Nous ne nous ressemblions pas Toune
Mais le regard porté sur nos liens et nos éprouvés étaient très semblables
Nous avions pris l’habitude depuis bien longtemps de confronter notre façon d’être au monde,
De comparer notre taille, notre poids, nos rides aussi depuis quelques années
En un mois, tu sais, j’ai pris un sacré coup de vieux.
Les crèmes n’y peuvent rien, quelque en soit le prix,
Les rides se sont multipliées, les traits se sont creusés,
Signes du ravage qui affecte mon corps,
Après celui de ton propre corps qui lui ne se voyait pas.
Tu étais très belle ma Toune
« Ma belle, ma toute belle endormie » comme je te le chuchotais dans l’oreille.
Une fois pourtant je t’ai vu réveillée quand ils ont arrêté le curare.
Cette image de toi éveillée malgré tes paupières baissées
reste fixée et m’obsède alors que je cherche le sommeil
Je ne peux oublier tes larmes, ton mouvement de tête qui disait non, tes sourcils froncés, tes lèvres qui prononçaient des mots que je ne pouvais pas entendre.
Que voulais tu nous dire ma Toune ?
Je t’ai vu telle une tout petite fille, avec cette moue dont je me souviens de toi enfant
J’ai pensé que tu appelais maman car tu souffrais ma Toune
Non tu n’avais pas mal physiquement,
Mais tu souffrais,
Tu savais sans doute que tu allais nous quitter.
Je reste avec le sentiment que tu ne voulais pas mourir
mais que toute cette assistance devenait insoutenable pour toi.
Tu souffrais aussi peut être de nous voir nous accrocher à toi, continuer d’espérer
Alors que toi, tu savais et avais déjà du renoncer.
Les larmes reviennent mais n’allègent rien.
Si tu savais ma Toune comme ton absence me fait mal,
Comment c’est dur de continuer à vivre sans toi
01 juin 2011
traces
Toune, je suis partie sur tes traces
J’ai moi aussi hanté les lieux qui nous ont vu naitre et grandir,
Revisité cette cour d’HLM où, entre les pavés, nous faisions pousser les plantes imaginaires d’un jardin supposé.
Les pavés ont été remplaces par du goudron,
Les voitures y sont sagement alignées.
Il n’y a plus de place pour les courses poursuites, les rires et les cris des enfants,
Les jeux de ballon prisonnier, de marelle, de « je déclare la guerre à »
Je n’y ai pas vu un seul enfant, ni chat rodant près des poubelles.
Un lieu sans vie, comme toi dans ton petit cube de marbre rose.
J’ai poursuivi ma balade jusqu’à Lanvallay,
Jusqu’au château de G.
J’ai visité tranquillement les lieux, ai pris plusieurs photos,
en attendant que la châtelaine m’interpelle.
C’est à elle que je voulais parler, lui redire la vérité de notre filiation
Dévoilement qu’elle n’avait pas voulu croire quand tu le lui avais révélé,
il y a quelques années
Elle est arrivée quelques minutes plus tard,
m’a regardé avec intérêt croyant que je m’intéressais à l’histoire de ces vieilles pierres.
Quand elle a compris que je lui parlais d’une autre histoire que celle de ses ancêtres prestigieux, elle a eu le regard méprisant des grands qui regardent les petits.
Elle n’a pas réussi à m’impressionner et j’ai continué de lui parler tranquillement.
Dans son empressement à me voir quitter les lieux j’ai aussi vu la solitude d’une vieille femme aigrie, acariâtre et qui a peur.
D’une vieille femme qui ne semble pas heureuse de porter le poids de ce noble héritage
Finalement il n’a rien de bien extraordinaire ce château et je m’étonne aujourd’hui qu’il nous ait fait fantasmer petites.
J’ai décidé d’écrire à la châtelaine dans l’espérance d’obtenir la photo que tu voulais et d’y reconnaître certains de tes traits.
Etant donnée sa méfiance Je ne suis pas persuadée de l’obtenir.
Peu importe Toune, tu étais très belle,
Tu étais belle aussi de cette beauté intérieure,
De l’amour que tu avais pour l’autre
et de la joie de vivre qui te faisait rayonner.
22 mai 2011
j’ai repris le travail
18 mai 2011
Toune je n’y arrive pas
08 mai 2011
lettre à toune 2
06 mai 2011
la messe est dite
15 avril 2011
REA
Je ne suis absolument pas prête à la laisser partir.
03 octobre 2010
travailler plus ...
Nous devons travailler plus longtemps, il disait, pour payer les retraites, maintenir le système par répartition, tout çà, tout ça …
Les seniors sont riches de leur expérience, ont des choses à transmettre aux plus jeunes, oui mais …
Les « juniors » n’ont pas toujours le désir d’entendre les plus vieux.
Depuis que j’ai cinquante ans je me suis entendue dire que j’étais vieille par un trentenaire aux dents longues et une ambition certaine !
Pourquoi le prendre mal ? Il utilisait l’humour et un large sourire mais la chose était dite…mine de rien.
Huit après, je suis effectivement la plus vieille de l’institution et il est devenu directeur adjoint.
L’année dernière lors de mon entretien annuel d’évaluation (ça se pratique depuis plusieurs années dans ma belle institution) mon directeur m’a mise en garde sur un possible défaut de collaboration de ma part aux projets « innovants »concernant la petite enfance, secteur avec le quel je travaille depuis trente ans.
N’étant informée d’aucun projet particulier je suis tombée des nues.
Dix mois plus tard, j’ai eu connaissance lundi dernier du projet soigneusement planqué dans les tiroirs de la direction, projet soit disant commanditer par les autorités externes.
Comme les pièces d’un puzzle s’assemblent peu à peu, je me suis aperçue que je suis quasiment la seule à n’avoir pas été informée des innovations institutionnelles prévues.
C’est quoi déjà la discrimination ?
« Ils » (la toute nouvelle équipe de direction) pourront toujours invoquer que je fais de la résistance au changement, que je manque d’esprit créatif etc.…
Je pense qu’ils m’ont volontairement contournée pour ne pas entendre ce que je peux en dire, pour que je ne vienne pas freiner par mes questions leur marche en avant qui fait table rase du passé et des heures de réflexions et d’élaboration consacrées à la construction de l’ancien projet.
La roue tourne, les jeunes doivent prendre leur place et laisser leur marque.
Ca me laisse tout de même un sacré gout d’amertume dans la bouche et un quasi accès de déprime.
Et puis, je dois continuer à faire « comme si » alors que je côtoie tous les jours les équipes concernées, non encore informées, avec ordre de ne rien dire…pour qu’il n’y ait pas trop vite de remous…
Les paniers de crabes sont partout et ça pince dur si on s’approche …
12 septembre 2010
L'absente
Je suis retournée la voir après sept semaines d’interruption due aux vacances. (Elle, ma psy, en a beaucoup plus que moi)
J’y allais à reculons, l’angoisse suspendue entre elle et moi ; sans que j’en comprenne bien la raison ; j’ai un moment envisagé de ne pas y retourner. A quoi bon ? à deux ans de la retraite, non, deux et huit mois grâce à notre très, très cher président et toute sa clique.
J’avais repris le travail depuis trois semaines et déjà, la haute idée que j’ai de mes compétences, traçait son chemin intérieur.
Quel miroir de vous même on vous a tendu enfant ?
Qu’est-ce que vous avez vu dans le regard de votre mère et de votre entourage ?
Je ne sais pas ; j’ai tout oublié.
Qu’est ce qui nous reste de ces semaines qui ont suivi notre naissance ?
Je sais que je suis restée plus longtemps que ma sœur jumelle en couveuse, alors qu’elle était beaucoup plus fragile que moi. Qu’on nous y a baptisées en urgence.
L’espérance de vie de ma sœur étant si incertaine, le personnel de la maternité a peut être pensé qu’elle devait être près de sa mère.
Je sais l’angoisse de ma mère face à cette enfant avec un cœur comme une passoire, constamment malade et hospitalisée pour être mise sous oxygène.
J’ai longtemps espéré être malade comme elle, pour qu’on m’hospitalise moi aussi. Je crois y avoir d’ailleurs réussi une ou deux fois. Quand j’ai vu ma sœur sous sa tente à oxygène, je me souviens que je ne l’ai plus du tout enviée d’être malade.
Plus de six mois par an, pour passer l’hiver loin de l’humidité bretonne, elle devait partir dans un aérium dans les alpes du sud.
Toutes les pensées de ma mère se tournaient alors douloureusement vers l’absente.
L’image dans le miroir :La douleur de l’absence …

