« Je pourrais crever la gueule ouverte personne ne serait là pour moi »

 

Elle m’a lancé ce reproche sur un ton culpabilisateur, avec des râles bruyants dans la poitrine ;

 

Comment donc ?

Sa sœur préférée était partie pour un petit week end à Menton,

Fêter les soixante ans de son homme,

La sœur aînée s’occupe du  père et vient rarement la voir,

Les frères se font, il est vrai, encore plus rares,

Je travaille toute la semaine et n’ai que le samedi pour la visiter.

 

Le regard était fixe, les yeux lui sortaient des orbites.

« J’étais à deux doigts de mourir,

Heureusement que la pharmacienne a eu pitié de moi, elle a appelé le docteur »

Je l’ai félicitée d’avoir su se prendre en main,

Tout en lui précisant que je ne croyais pas une seconde qu’elle était en insuffisance respiratoire aigue, auquel cas son médecin l’aurait hospitalisée.

« Tu n’es vraiment pas intelligente, tu ne comprends rien »

Elle se replie sur son fauteuil et s’installe dans le silence.

J’approuve :

- « tu as raison, je ne suis pas très intelligente, mais je croix deviner que tu es en colère

Après tout le monde et très contrariée ;

 C’est ça qui te provoque des difficultés respiratoires »

Depuis l’ ISR de mon père, elle multiplie les appels en jouant la carte de l’asphyxie.

Je lui ai rappelé qu’elle bénéficiait désormais de trois passages d’infirmiers et d’aides ménagères journaliers, de la visite hebdomadaire de ma sœur jumelle et de la mienne, de l’infirmière psy, de communications téléphoniques  régulières, qu’il n’était pas question qu’on accourre pour un oui pour un non, comme le faisait papa dans le passé, si il lui fallait plus de présence il ne lui restait plus que l’hôpital.

Je me suis tue à mon tour, tout en restant près d’elle.

Renfrognée, elle m’a assurée qu’elle pourrait prendre « tout » son traitement d’un coup,

Qu’elle « aussi » allait partir en voyage, la destination ne me regardait pas.

Elle parlait de « son » argent, de « sa » liberté, des fringues qu’elle avait le droit de s’offrir,

Des cigarettes qu’elle allait se racheter, « tant pis et tant mieux si j’en crève ».

Je l’écoutais en silence, sans rien ajouter de plus.

Sa litanie s’est réduite.

 Brutalement elle s’est souvenue que je lui avais proposé de venir avec moi voir papa.

Elle s’est levée, n’avait plus aucune difficulté pour respirer.

 

Le lendemain matin elle m’a téléphonée :

« Je m’excuse … Je t’aime ma sœur…Qu’est ce que je ferais sans vous…

Tu avais entièrement raison hier »