Toune, je suis partie sur tes traces

J’ai moi aussi  hanté les lieux qui nous ont vu naitre et grandir,

Revisité cette cour d’HLM où, entre les pavés, nous faisions pousser les plantes imaginaires d’un jardin supposé.

Les pavés ont été remplaces par du goudron,

Les voitures y sont sagement alignées.

Il n’y a plus de place pour les courses poursuites,  les rires et les cris  des enfants,

Les jeux de  ballon prisonnier, de marelle, de « je déclare la guerre à »

Je n’y ai pas vu un seul enfant, ni chat rodant près des poubelles.

Un lieu sans vie, comme toi dans ton petit cube de marbre rose.

 

J’ai poursuivi  ma balade jusqu’à Lanvallay,

Jusqu’au château de G.

J’ai visité tranquillement les lieux, ai pris plusieurs photos,

en attendant que la châtelaine m’interpelle.

C’est à elle que je voulais parler, lui redire la vérité de notre filiation 

Dévoilement qu’elle n’avait  pas voulu croire quand tu le lui avais révélé,

il y a quelques années

Elle est arrivée quelques minutes plus tard,

m’a regardé avec intérêt croyant que je m’intéressais à l’histoire de ces vieilles pierres.

Quand elle a compris que je lui parlais d’une autre histoire que celle de ses ancêtres prestigieux, elle a eu le regard méprisant des grands qui regardent les petits.

Elle n’a pas réussi à m’impressionner et j’ai continué de lui parler tranquillement.

Dans son empressement à me voir quitter les lieux j’ai aussi vu la solitude d’une vieille femme aigrie, acariâtre  et qui a peur.

D’une vieille femme qui ne semble pas heureuse de porter le poids de ce noble héritage

Finalement il n’a rien de bien extraordinaire ce château et je m’étonne aujourd’hui qu’il nous ait fait fantasmer petites.

J’ai décidé d’écrire à la châtelaine  dans l’espérance d’obtenir la photo que tu voulais et d’y reconnaître  certains de tes traits.

Etant donnée sa méfiance Je ne suis pas persuadée de l’obtenir.

 

Peu importe Toune, tu étais très belle,  

Tu étais belle aussi de cette beauté  intérieure,

De l’amour que tu avais pour l’autre

et de la joie de vivre  qui te faisait rayonner.