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Ginette, « la  blonde » comme disait Maman, Ninette comme je t’appelais, tu es née en quatrième position, coincée entre ton frére Jacky l’intrépide et deux  jumelles, très accaparantes
Tu avais peut être la Mauvaise place dans la fratrie  , mais Tu avais pour toi -ou contre toi -une beauté radieuse et éclatante, elfe blond au regard d’un bleu lumineux. Originale et déjà si différente de nous tous, tes frères et soeurs, tu avais surtout « une voix d’or ».
Sans le savoir, tu es venue répondre au désir le plus fou de Maman, d’être enfin, aimée  valorisée par une belle enfant, beau cadeau  à montrer à sa propre mère.
_ « Regarde maman comme Ma petite Ginette est belle, comme elle te ressemble, comme elle chante bien ! »
Tu as eu pour fonction de réussir là où Maman pensait avoir  échoué : séduire sa mère, te faire aimer d'elle..


Déjà tout bébé tu donnais de la voix, au point que Papa secouait ton berceau pour te faire taire.
Plus tard, tu as compris que cette voix pouvait ravir, captiver, réjouir. Tu ne t’es pas vraiment fait prier pour la faire entendre. L’ecole , ce n’était pas vraiment ton truc.
Alors que Tu n’étais âgée que de 9 ans ;Maman te faisait monter sur scène ,te faisait participer à des radios crochet …Tu as obtenu des premiers prix, chanté dans des casinos, enregistré des disques, rencontré des gens connus ou  importants,  l’œil et l’oreille intéressés mais aussi mal intentionnés…
Elle était si fière Maman, si heureuse de t’entendre chanter.

 Pour que tu sois « la plus belle »  elle t’achetait de jolies robes que ma soeur jumelle et moi jalousions secrètement,
Ninette m’a dit _« tu sais ma soeur, je n’aimais pas tellement ça chanter…Je voulais rendre maman heureuse. Je ne pouvais pas lui dire non »
De neuf ans à seize ans, tu as accepté d’occuper cette place d’objet précieux, en effaçant ton propre désir.
Ainsi, cette fameuse année 1965, à l’age de 16 ans , peut être n’as tu pas eu d’autre choix, pour te libérer, que celui de t’évader dans la folie :
« Une cage s’ouvrait, une autre allait se refermer » avec un verdict impitoyable : Psychose maniaco-dépressive

Je n’ai pas compris ce qui t’arrivait quand je t’écoutais la nuit, alors que nous partagions la même chambre ; Tu parlais à haute voix, tu parlais à dieu , me décrivais des images que moi je ne voyais pas. Tu disais des mots que tu entendais que je n’entendais pas.

Muette de terreur, tu t’enfermais à double tour pour échapper aux regards des autres; tu te désespérais au point de vouloir en mourir. Dans le même temps tu riais  et chantais à gorge déployée


Ma Ninette., tu t’es éloignée de nous, échappée dans un monde qu’on ne pouvait plus beaucoup partager.


je me suis beaucoup rapprochée de toi ces dernières années.. j’ai essayé de trouver le sens de ce qui t’était arrivé , sans l’avoir trouvé.

je pense que tu ignores tout ce que tu m’as donné, tout ce que tu m’as appris et ce « tout » n’est guère communicable.

Depuis quelques années, grâce à la bienveillance du personnel du service des dialyses et aussi des personnes qui t’entouraient à la résidence , tu étais moins tourmentée.

Ainsi, malgré ton « foutu caractère » comme tu disais, tu laisses de toi l’image d’une personne qui aimait rire et faire rire. Généreuse, tu aimais faire des cadeaux à ceux que tu aimais, acceptait de chanter pour les autres

.Est une coïncidence ? Tu pars pour ce grand voyage au delà des étoiles au même âge , 67 ans, et à la date anniversaire du décès de nôtre grand mère maternelle, celle  à qui tu ressemblais tant . Allez part tranquille ma belle tu n’as plus de compte à régler avec elle.

 Ma Ninette, tu nous disais souvent « je vous aime mes sœurs, j’aime mes frères et toute ma famille »

Moi aussi ma Ninette je t’aimais, nous t’aimions tous.

Au revoir ma belle, ma toute belle