YOM-Le Silence de l'Exode "Nomade"

Bonjour Marie Anne ,

 

Bon , c’est décidé , je ne viendrai plus te voir .

 

D’abord j’ai le moral dans les chaussettes quand je te quitte  et les jours qui suivent (et c’est peu de le symboliser comme ça)

Quand je me sépare de toi  , je me sépare aussi un peu de « ma jumelle » : je pense en effet depuis longtemps que nous avons eu besoin l’une et l’autre de nous jumeler pour nous séparer de notre sœur jumelle respective .

Une jumelle bien différente de moi avec un tas de qualités que je n’ai pas et surtout des talents, une créativité, une énergie qui te pousse à investir ici et là , à t’affirmer face aux autres.

Si tu savais Marie Anne comme je t’admire, comme je t’aime, mais aussi comme je te déteste de me renvoyer malgré toi, à mes incompétences, à ma soumission. (C’est trop drôle, j’ai adhéré au mouvement des insoumis.)

Dominique porte également sur toi un regard de plus en plus admiratif (tu sais qu’il a toujours été secrètement amoureux de toi ) un peu comme celui qu’il porte sur Claire qui comme toi est une battante et créative.

Soumission : Dominique dirige ma vie et refuse que je puisse avoir des velléités de faire des choses sans lui, comme d’aller à Paris voir Thomas avec mon amie Pascale, d’aller seule voir Claire ou de venir te voir sans lui. Je me heurte à son regard désapprobateur, à sa  revendication autoritaire de venir avec moi :

« Moi aussi ça m’intéresse, je veux y aller 

Ne compte pas sur moi pour m’occuper de ton chat »

Je courbe l’échine et suis dans l’incapacité de m’affronter à lui.

  Depuis 2 ans j’ai des velléités de vivre seule, cherche un appartement mais suis dans l’incapacité de franchir le pas.

J’en suis venue à me dire que je ne suis peut être pas capable de vivre et de vieillir seule, et sans doute trop déprimée pour mobiliser l’énergie qui serait nécessaire pour organiser un départ.,

Quand je marchais avec toi le long de la plage je te voyais souffrir de ta fichue maladie à  la con et ça me faisait mal. On parlait du cancer, et dans mon film intérieur je me disais que je cultivais le mien (en fumant toujours et en buvant trop) au point de me persuadée que je l’avais déjà et que ce n’était que justice.

là c’est l’accès d’angoisse garantie…

Quand j’étais petite, j’étais intérieurement persuadée que j’avais une maladie grave qui ne se voyait pas genre leucémie, et que donc j’étais moi aussi gravement malade comme Chantale…(mélange de culpabilité et du besoin d’attirer l’attention de l’autre sur mon existence)

 

Je ne sais pas pourquoi je t’écris tout ça.

C’est décousu, dans le désordre : reflet de mon désordre intérieur.

Marie Anne je t’aime et je te jalouse : revers d’une forte amitié, et du désir d’être à la fois l’une et l’autre.

Une fois encore, je te recommande les livres de Eléna Ferrante « l’amie prodigieuse » et la suite …qui fait écho à plein de choses en moi sur le plan de l’amitié mais aussi sur la difficulté à changer de milieu social.

Nous avons été très silencieux sur la route du retour comme la plus part du temps quand nous roulons  mais aussi désormais quand nous sommes que tous les deux.

Nous avons écouté deux disques. l’un de Yann Tiersen :

  son dernier disque seul au piano

 

 

l’autre de Yom : « le silence de l’exode 

 

 

C’était bien, nous n’avons pas vu la route se faire…

 

Voilà je viens de recevoir ton message sur mon téléphone

Plein d’oublis évidemment...

Regarde comme je perds mes mots, je ne sais plus écrire, trouver le mot adequat

 

J’aurais encore tant de choses à te dire…